Lycée Saint-Thomas d'Aquin Flers

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Alice et Solène interviewent ELyse Ngabire 40A l’occasion du 23 ème Prix Bayeux des correspondants de guerre, nous avons pu rencontrer Mme Elyse Ngabire, journaliste étrangère, venue d'Afrique, depuis peu arrivée en France. Ayant dû fuir son pays elle nous a conté son histoire et son parcours et a accepté de répondre à nos questions :

Quel parcours avez-vous suivi pour être journaliste ?

«J'ai fait la faculté des sciences de la communication, même si au final ça n'a rien à voir avec le journalisme.  J'ai choisi de prendre cette option car dans mon pays il n'y a pas d'école de journalisme et c'est donc dans ce domaine-là que j'avais le plus de chance de le devenir. »

Le métier de journaliste était-il, depuis le début, une vocation pour vous ?

«A la base ce n'était pas une vocation, donc j'avais débuté mes études supérieures dans la médecine mais petit à petit j'ai senti que j'avais ce besoin d'aider le public en mettant à leur disposition de l'information. J'ai donc fait deux ans de médecine puis j'ai tout laissé tomber et je me suis lancée dans la communication parce que je savais très bien qu'après ces études dans la communication j'avais de très grande chance de devenir journaliste. »

Y a-t-il une différence si on est une femme ou un homme ?

« Bien évidemment. Je ne sais pas si c'est le cas en France mais dans les pays africains, notamment au Burundi, la femme détient une place primordiale au sein de la famille. C'est elle qui s'occupe des enfants, du ménage... Mais quand on est femme journaliste c'est très dur car on doit en même temps s'occuper de la maison, de la famille et en plus de ça s'ajoute le travail. Je dois avouer que je partais tous les matins à 7h00 et que je revenais à 22 heure. Vous comprenez comment c'est difficile pour une maman qui doit aider ces enfants pour les devoirs etc. Mais le soir quand je rentrais mes enfants étaient déjà couchés. C'est seulement le week-end que j'avais la chance de les voir. »

Travailler vous seule ou accompagnée ?

« Dans mon journal c'est toute une équipe, donc c'est un travail d'équipe mais il existe des responsables. Moi j'étais donc responsable de la rubrique politique, une rubrique à hauts risques. Donc c'est moi qui décidais si nous pouvions publier ou non certains articles. Et c'est moi qui en ai payé... »

Au nom de quoi agissez- vous ?

« J'agis au nom de la Vérité ! Tout ce que j'ai fait, tous ce que j'ai rédigé c'est pour partager l'information au public. Pour qu'il soit au courant de ce qui se passe au pays. »

Quels inconvénients y a-t-il dans votre métier ? Ou avantages ?

« Avec du recul je vois combien ce métier peut être dangereux et parfois même je me dis que j'étais folle ! Car vous savez j'ai dû partir, fuir le pays, quitter ma famille, tout ça à cause de mon métier...Je suis partie parce que j'étais journaliste. Mais je ne regrette pas car être journaliste c'est prendre des risques pour les autres pour qu'ils soient informés. »

En tant qu’exilé, quel regard a-t-on sur son pays ?

«Ah le Burundi ? J'ai tellement de choses à dire... En tant qu'exilé je me rends compte de la violation des droits humains dans mon pays. C'est un pays de non-droit. Quand j'essaye de comparer le traitement des gens ici en France, je me rends compte que chez moi c'est la jungle. Ça me fait très très mal... »


Est-ce qu'une mission particulière vous a marquée dans votre carrière ?

« Oh oui, même plusieurs. Mais par exemple, une qui me marque particulièrement est celle où j'ai été envoyée en prison avec un collègue. On a donc fait un reportage de là où nous étions incarcérés, depuis notre petit cachot. Quelques jours après notre libération l'article est sorti, et des autorités se sont mobilisés pour améliorer les conditions de vie des personnes incarcérées. Ça m'a marqué. A cette occasion, nous avons été arrêtés, car on nous avez accusé d'être allés interroger un prisonnier politique. Et là on en a profité pour faire le portrait d'autres prisonniers pour lesquels leur dossier n'avait pas été traité depuis des mois. Donc même si c'est un métier à risque il permet à des gens d'être dans leur droit. »

Comment atteint-on l'objectivité dans ce travail ?

« Oh je pense qu'un journaliste sait que le but cherché en partageant l'information est un long processus. Nous informons et les résultats viennent ensuite. Et parfois ces projets-là aboutissent et là on est fière d'avoir servi à quelque chose et d'avoir contribuer  à la diffusion de l'information. C'est un métier qui me passionne. C'est ma fierté.»

Nous conseilleriez-vous cette profession ?

« Alors... Oui et non ! Oui parce qu'il faut prendre le courage dans ce que vous aimez et se battre pour ça, pour informer. Et non car le monde évolue dans la violence, et les journaliste ne sont pas protégés. »

Propos recueillis par Solène Chevalier et Alice Baglin,1ere L

Plus d'infos: Prix Bayeux 2016